Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 7, 1839.djvu/74

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Mais le temps viendra, étranger, où justice sera faite, et cela très-prochainement, et sans le secours de ce que vous appelez la loi. Nous sommes d’une race naturellement lente, je le sais, et on le dit souvent de nous ; mais la lenteur n’atteint que plus sûrement le but ; et il y a peu d’hommes qui puissent se vanter d’avoir donné un coup à Ismaël Bush, sans en avoir reçu de lui un pareil en retour.

— Eh bien ! dans ce cas, Ismaël Bush a suivi l’instinct des bêtes plutôt que les vrais principes qui doivent guider ceux de son espèce, répondit le courageux Trappeur. J’ai porté moi-même plus d’un coup ; mais ce qu’un homme doué de raison éprouve nécessairement lorsqu’il a tué, ne fût-ce qu’un daim, sans avoir besoin ni de sa chair ni de sa peau, je ne l’ai éprouvé qu’une seule fois, et ce fut lorsque je laissai un Mingo dans les bois sans sépulture, à l’époque où je faisais franchement et loyalement la guerre.

— Vous avez donc été soldat, Trappeur ? J’ai fait une ou deux expéditions chez les Cherokees, quand j’étais jeune aussi, et j’ai suivi Mad Anthony[1], pendant toute une campagne, à travers les hêtres ; mais bah ! il y avait trop de régularité et de précision dans ses troupes pour moi ; de sorte que je l’ai quitté sans passer chez le quartier-maître pour régler mon compte. Il est vrai que, comme Esther s’en est vantée ensuite, elle avait su tirer un tel parti du bon qui m’avait été donné pour ma solde, que les États ne gagnèrent pas beaucoup à ma négligence. Vous avez entendu parler de Mad Anthony, si vous êtes resté longtemps dans le pays ?

— La dernière fois que je me suis battu, c’était sous ses ordres, reprit le Trappeur, et ses yeux éteints brillèrent un instant comme si ce souvenir lui était agréable ; mais bientôt son front se rembrunit, et il baissa un moment la tête comme s’il lui en coûtait de reporter son esprit sur les scènes violentes dans lesquelles il avait si souvent joué un rôle. — Je passai des États situés sur le bord de la mer dans ces régions éloignées lorsque je rencontrai l’arrière-garde de son armée. Je la suivis quelque temps comme simple spectateur ; mais, lorsqu’on en vint aux mains, le bruit

  1. Antoine Wayne, Pensylvanien qui se distingua dans la guerre de la révolution et contre les Indiens de l’Orient par sa témérité comme général, ce qui lui valut de la part de ses troupes le surnom d’Antoine-le-Fou. Le général Wayne était le fils de la personne dont on fait mention dans la vie de West comme commandant le régiment qui excitait son ardeur militaire.