Page:Coppée - Contes tout simples, 1920.djvu/16

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vit arriver son ex-admirateur, Anatole, qui n’avait point fait le tour du monde et était devenu tout simplement, par droit de succession, l’épicier du numéro 24. Aujourd’hui, marié et père de famille, l’homme au nez retroussé ne se souvenait plus de sa passion pour la petite papetière et ne venait plus chez elle que pour acheter le Journal des Voyages, car il avait conservé son ancien goût.

Elle eut l’espoir que l’épicier remarquerait le portrait de l’Illustration, qu’il aurait entendu parler du drame applaudi, de l’auteur fameux en un jour, qu’elle pourrait rappeler à Anatole que cet ’auteur avait été leur voisin, dans le temps, qu’il venait chaque matin prendre un journal chez elle... Et, tout en causant, — oui, maintenant qu’elle était presque une vieille femme, — eh bien ! elle aimerait à confier à ce témoin de sa jeunesse enfuie que le glorieux poète l’avait rendue rêveuse autrefois et lui