Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/209

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ACTE V, SCÈNE VII. 197

Mais à quoi que déjà vous m’ayez condamnée,
Pourrez-vous à vos yeux souffrir cet hyménée ?
Et quand de mon devoir vous voulez cet effort,
Toute votre justice en est-elle d’accord ?
Si Rodrigue à l’État devient si nécessaire,
De ce qu’il fait pour vous dois-je être le salaire,
Et me livrer moi-même au reproche éternel
D’avoir trempé mes mains dans le sang paternel ?


Don Fernand.

Le temps assez souvent a rendu légitime
Ce qui sembloit d’abord ne se pouvoir sans crime :
Rodrigue t’a gagnée, et tu dois être à lui.
Mais quoique sa valeur t’ait conquise aujourd’hui,
Il faudroit que je fusse ennemi de ta gloire,
Pour lui donner sitôt le prix de sa victoire.
Cet hymen différé ne rompt point une loi
Qui sans marquer de temps, lui destine ta foi.
Prends un an, si tu veux, pour essuyer tes larmes.
Rodrigue, cependant il faut prendre les armes.
Après avoir vaincu les Mores sur nos bords,
Renversé leurs desseins, repoussé leurs efforts,
Va jusqu’en leur pays leur reporter la guerre,
Commander mon armée, et ravager leur terre :
À ce nom seul de Cid ils trembleront d’effroi ;
Ils t’ont nommé seigneur, et te voudront pour roi.


1. Var. Sire, quelle apparence, à ce triste hyménée,
Qu’un même jour commence et finisse mon deuil (a).
Mette en mon lit Rodrigue et mon père au cercueil ?
C’est trop d’intelligence avec son homicide,
Vers ses mânes sacrés c’est me rendre perfide,
Et souiller mon honneur d’un reproche éternel. (1637-56)
2. Les deux éditions de 1638 portent ta victoire, pour sa victoire.
3. Var. À ce seul nom de Cid ils trembleront d’effroi. (1637 in-4° et 39-56)
Var. À ce seul nom de Cid ils tomberont d’effroi. (1637 in-12 et 38)

(a) Les éditions de 1638 P., 39, 44, 48 et 56 écrivent dueil. Voyez le Lexique.