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Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 5.djvu/418

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DON SANCHE.

À MONSIEUR DE ZUYLICHEM,
conseiller et secrétaire de monseigneur le prince d’orange[1].
Monsieur,

Voici un poëme d’une espèce nouvelle, et qui n’a point d’exemple chez les anciens. Vous connoissez l’humeur de nos François ; ils aiment la nouveauté ; et je hasarde non tam meliora quam nova, sur l’espérance de les mieux divertir. C’étoit l’humeur[2] des Grecs dès le temps d’Eschyle,apud quos

Illecehris erat et grata novitate morandus
Spectator[3];


et si je ne me trompe, c’étoit aussi celle des Romains.

Vel qui prætextas, vel qui docuere togatas[4]  ;
Nec minimum meruere decus, vestigia Græca
Ausi deserere[5]


Ainsi j’ai du moins des exemples d’avoir entrepris une chose qui n’en a point. Je vous avouerai toutefois qu’après l’avoir faite je me suis trouvé fort embarrassé à lui choisir un nom. Je n’ai jamais pu me résoudre à celui de tragédie, n’y voyant que les personnages qui en fussent dignes. Cela eût suffi au bonhomme Plaute, qui n’y

  1. Voyez tome IV, p. 133, note 1. — Cette Épître ne se trouve, ainsi que l´Argument qui la suit, que dans les éditions antérieures à 1660.
  2. Les éditions de 1653 et de 1655 donnent, par erreur évidemment, honneur, au lieu de humeur.
  3. Horace, Art poétique, vers 233 et 234.
  4. Ibidem, vers 288.
  5. Ibidem, vers 286 et 287