Page:Corneille - Le Cid, Searles, 1912.djvu/50

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Scène VI – Don Rodrigue




xxPercé jusques au fond du cœur
D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d’une juste querelle,
Et malheureux objet d’une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
xxxCède au coup qui me tue.
xSi près de voir mon feu récompensé,
xxxÔ Dieu, l’étrange peine !
xEn cet affront mon père est l’offensé,
xEt l’offenseur le père de Chimène !


xxQue je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s’intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :
L’un m’anime le cœur, l’autre retient mon bras.
Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,
xxxOu de vivre en infâme,
xDes deux côtés mon mal est infini.
xxxÔ Dieu, l’étrange peine !
xFaut-il laisser un affront impuni ?
xFaut-il punir le père de Chimène ?


xxPère, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L’un me rend malheureux, l’autre indigne du jour.
Cher et cruel espoir d’une âme généreuse,
xxxMais ensemble amoureuse,
xDigne ennemi de mon plus grand bonheur,
xxxFer qui causes ma peine,