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CHAPITRE III

TRISTES SOUVENIRS

Pendant que Baptiste Viau parlait ainsi, Louis Vincent observait Michel Toinon d’un œil scrutateur. Il le connaissait si bien, il savait si bien sa vie d’autrefois qu’il ne douta pas un seul instant que les paroles de Baptiste allaient l’affecter grandement et peut-être faire résonner en son cœur des cordes dont il aurait à tout jamais voulu oublier les sons plaintifs, En effet, Michel, la tête basse, les yeux fixement attachés sur le fond poli d’un plateau en argent que sa main avait machinalement attiré vers lui, semblait regarder, comme sur un écran, le film de sa vie entière se dérouler avec tous les épisodes tantôt calmes ou riants, tantôt joyeux ou tristes, tantôt paisibles ou tragiques. Pauvre Michel ! suivant les impressions que lui causaient les images, sa figure changeait d’aspect. Parfois un léger sourire errait sur ses lèvres et des petites teintes roses coloraient ses joues ; parfois un rictus amer, moqueur ou sinistre contractait sa bouche et lui donnait une expression de douleur, de dédain ou de mépris ; parfois une pâleur subite envahissait ses traits qui semblaient dire l’agonie de son âme ; parfois sa main se crispait, écrasant le cigare éteint qu’elle