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PRÉAMBULE

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L’Asie est en quelque manière le centre géographique de notre planète. L’Europe — quatre fois et demi plus petite — lui constitue à l’ouest comme un déversoir naturel. L’Asie communique avec l’Amérique par l’arcade du détroit de Behring et n’est séparée de l’Afrique que par la profonde entaille de la mer Rouge tandis que les archipels égrenés à l’est, le long de ses rivages, font de l’Océanie une sorte de prolongation de son territoire. Elle forme, d’autre part, la plus grande masse de terres hautes qui existe. On l’a appelée parfois : le toit du monde. On l’a aussi appelée : la mère du monde, considérant que l’humanité a reçu d’elle non seulement ses principales religions mais la plupart des plantes, des animaux domestiques, des instruments aratoires et maints autres éléments de progrès.

Ce qui distingue la géographie de l’Asie, c’est son caractère divergent. Elle est comme morcelée en compartiments que les montagnes isolent les uns des autres. Ses grands fleuves se dirigent du centre vers les trois façades qui ouvrent sur des océans et sous des cieux entièrement dissemblables. Aucun rapport de climat, de faune ou de flore n’existe entre la façade sibérienne, la chinoise ou l’hindoue. À part la formidable dépression qui, entre le Thibet et le Tian Chan, ramène brusquement le sol presqu’au niveau de l’Inde et crée des bassins fermés dont les eaux ne s’écoulent pas — tels ceux du Tarim, du lac Balkach et de la mer d’Aral — la région centrale se tient à des altitudes moyennes de quatre mille mètres et davantage. C’est l’immense royaume des herbes. Le froid intense qui y sévit pendant l’hiver couvre le sol de neige ; puis, subitement, ce sol imbibé d’eau se trouve exposé aux ardents rayons du soleil. Il se produit alors comme une explosion végétale. L’herbe croît avec abondance à