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empires de l’est : chine

a entrepris d’édifier la « grande muraille », cette fortification longue de deux mille six cents kilomètres, le seul monument du monde, ont dit depuis avec orgueil les Chinois, qui fut de taille à être vu de la lune. Et bientôt les armées chinoises non contentes de se défendre derrière cette barrière puissante la franchiront et prendront l’offensive. Sous le long règne de Wou Ti (140-87) un prodigieux raid de cavalerie s’enfonce jusqu’à l’extrémité du Turkestan et, deux ans plus tard (119), deux armées fortes de cent mille hommes traversent le désert de Gobi pour conquérir les terres que les hardis cavaliers avaient été reconnaître. En même temps Wou Ti annexe la région de Canton, puis le Sé-Tchouen et impose sa suzeraineté à la Corée. Après lui, Siouan Ti (73-49) poursuit l’affermissement de la puissance chinoise au Turkestan. Un moment ébranlée dans les premières années de l’ère chrétienne, elle est rétablie grâce aux victoires d’un grand homme de guerre, Pan Tchao ; des colonies militaires protègent la frontière, composées de soldats-laboureurs qui défrichent et drainent les armes à la main. Sur l’Asie s’étend ainsi la « paix chinoise » vers le même temps que le monde méditerranéen unifié sous le sceptre d’Auguste goûte les douceurs de la « paix romaine ». Heure dramatique de l’histoire ! Les deux clairières sont proches. Si l’espace qui les sépare est franchi, les destins de l’humanité peuvent être modifiés mais il ne le sera pas et l’Europe et l’Asie reprendront, en continuant de s’ignorer presque complètement, leur marche isolée.

La dynastie des Han qui règne alors[1] a donc réalisé le rêve de Confucius et ce dernier ne s’était pas trompé en annonçant que la prospérité découlerait de l’unité. Aussi sa mémoire est-elle divinisée. On honore en lui le père de la patrie ; ses ouvrages sont les classiques vénérés, base de toute science et de toute culture. La prospérité, en effet, est incroyable. Au début de l’ère chrétienne, la population monte à quatre-vingt millions. D’un bout à l’autre de la Chine unifiée jusqu’au Tonkin, un commerce intense fait déferler la richesse ; les caravanes circulent sur les routes de terre comme les jonques le long des rivages. Le trésor public est saturé ; des moissons abondantes emplissent les greniers.

Ce matérialisme doré apporte-t-il le bonheur ? Non point, car

  1. Shi Wang Ti avait laissé un fils contre les cruautés duquel la Chine se rebella. Il fut assassiné et Lieou Pang inaugura la dynastie Han (206 av. J.-C. à 221 ap. J.-C.)