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histoire universelle

suivant l’église thibétaine acheva d’imposer son pouvoir. Dans les dernières années du xive siècle enfin se produisit la grande réforme à laquelle est attaché le nom du moine Tsong Kapa (1355). Il remit de l’ordre dans les couvents et rétablit les vœux de pauvreté, de chasteté et de renoncement qui étaient fortement tombés dans l’oubli ; mais surtout il inventa le dogme de la réincarnation perpétuelle des personnages sacrés du bouddhisme. Ce fut ce qu’on a appelé le lamaïsme jaune et tout d’abord cela donna un schisme. Les innombrables moines du Thibet se séparèrent en deux groupes ; il y eut l’église rouge en face de l’église jaune ; cette dernière devait triompher. Qu’on imagine le pieux élan qu’eut provoqué l’église chrétienne en faisant croire au peuple que ses pasteurs présents n’étaient que des réincarnations des apôtres ou des martyrs d’autrefois. Il ne restait plus qu’un pas à franchir pour transformer le Thibet en État pontifical ; il fallait que le pontife suprême, le Dalaï-lama, en vint à être considéré comme une réincarnation de Bouddha lui-même. Dès lors le Dalaï-lama fut pape et roi. Un prestige immense rayonna de sa personne sur toute l’Asie barbare. En 1577 menacé par une révolte de ses sujets laïques, le troisième Dalaï-lama fit appel aux Mongols qui le rétablirent sur son trône et, dans une diète solennelle tenue au Koukounor, proclamèrent le lamaïsme religion officielle de la Mongolie. Bien entendu le Saint siège de Lhassa fut à maintes reprises un centre d’intrigues politiques ; néanmoins son caractère religieux ne cessa de prédominer. « Il ne fut si mince chef de horde, dit René Grousset, qui ne tint à faire confirmer par le pontife de Lhassa ses droits de souveraineté ». Les empereurs chinois eux-mêmes prirent soin, en lui marquant un dévôt respect, de se concilier une si haute autorité mais sans perdre de vue la possibilité d’y superposer quelque jour leur propre domination temporelle. C’est ce qui advint. L’Église thibétaine passa au rang de protégée de la Chine dont deux ambassadeurs résidant en permanence auprès du Dalaï-lama eurent mission de contrôler ses actes et d’intervenir à sa mort dans l’élection de son successeur.

Il est trop tôt pour apprécier les répercussions que provoqueront au centre de l’Asie la révolution russe et l’action bolcheviste. Certains observateurs font grand état d’une renaissance mongole à la fois nationaliste et religieuse qui se préparerait en ces régions. Chinois et bolchevistes se sont entendus à diverses reprises ces dernières années pour comprimer le mouvement. Sans doute