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empires du sud : inde

tout l’Hindoustan occidental. Ils éteignirent de façon définitive la flamme de l’hellénisme hindou et dressèrent entre l’Inde et les régions méditerranéennes une barrière qui ne devait plus s’abaisser. Jusqu’alors la distance seule les avait séparées. Désormais ç’allait être une croissante incompréhension. Tandis que les barbares accomplissaient leur œuvre de destruction, la force et la pensée dravidiennes prenaient leur revanche sur la force et la pensée aryennes. Le Dekkan intervenait à son tour dans les affaires de l’Inde et tenait tête à la plaine du Gange politiquement désagrégée.

Les Brahmanes n’avaient jamais accepté leur défaite. L’organisation des castes facilitait la résistance. Eux — la caste sacrée — en tiraient une grande force. Mais de même que le bouddhisme, pour gagner des fidèles, avait dû se modifier, le brahmanisme se vit contraint d’évoluer vers les formes nouvelles. Tandis que le petit groupe de ceux auxquels suffisait la notion de l’Être suprême continuait ses subtiles analyses philosophiques, Brahma devenait pour les esprits moins cultivés l’associé de Vishnou et de Siva. La trinité ainsi constituée satisfaisait les imaginations populaires. Vishnou, dieu humanisé était considéré comme s’incarnant et se réincarnant sans cesse ce qui lui permettait de s’identifier avec un grand nombre de divinités locales. Pour un peu on eut compté Çakya Mouni parmi les incarnations de Vishnou. Quant à Siva, c’était l’idole-fétiche des Dravidiens, cruelle et sadique. Qu’on put l’honorer aux côtés du pur Brahma en lequel les Aryas, aux temps védiques, avaient symbolisé l’ordre supérieur et la raison des choses — voilà qui mesure l’intensité du repliement de l’Inde sur elle-même.

La dynastie Gupta qui se maintint à Patna pendant environ deux siècles (290-480) fut très brahmaniste. Le pèlerin chinois Fa Hien qui visita l’Inde vers ce temps trouva les lieux saints consacrés par la naissance, la prédication et la mort de Çakya Mouni tout à fait à l’abandon mais des monastères nombreux étaient encore florissants. Nulle persécution du reste. C’est au Penjab que les Huns blancs la déchaînèrent en 520. Ils détruisirent les couvents, martyrisèrent les moines si bien qu’en 526 le patriarche suprême de l’Église bouddhiste abandonnant l’Inde débarqua à Canton et alla fixer sa résidence à Loyang tandis que les religieux s’enfuyaient les uns en Birmanie, à Java, à Ceylan, les autres au Thibet et dans le Turkestan.

Après cela, peu importe que la ferveur de Siladitya (606-664) se