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les phéniciens

l’Afrique du nord). Le sud de la Gaule fut traversé puis le Rhône, puis les Alpes au petit St-Bernard (218) exploit prodigieux auprès duquel, il faut bien le reconnaître, celui de Bonaparte pâlit. Les Romains furent battus sur le Tessin. Ayant hiverné dans le bassin du Pô, Annibal pénétra en Étrurie à travers les marais de l’Arno. Son armée éprouvée par ces rudes opérations, se renforçait sans cesse grâce aux volontaires celtes qui lui venaient de Gaule. Après le désastre du lac Trasimène (217) Rome trembla. Fabius surnommé « cunctator » (le temporisateur) à cause de la tactique qu’il adopta, se garda d’affronter l’ennemi ; il se contenta de le harceler et de l’énerver tandis que ses troupes descendaient le long de l’Adriatique vers l’Apulie. La tactique était bonne mais les Romains ne surent pas se contenir. L’opinion réclama une nouvelle offensive qui aboutit à un second désastre (216). Si à ce moment les ennemis de Rome s’étaient unis comme tout leur commandait de le faire, ses destins s’en fussent trouvés grandement compromis. Ils ne bougèrent point. Carthage elle-même ne comprit pas ce que la fortune lui offrait. Les troupes d’Annibal étaient arrivées à Capoue près de Naples très affaiblies. Les « délices de Capoue » ne détruisirent pas leur valeur autant qu’on l’a dit puisqu’Annibal parvint à tenir la campagne pendant treize années encore, mais il ne pouvait plus mener qu’une guerre d’escarmouches et d’embuscades. À Rome toutefois, la lassitude était extrême. La constance et la fermeté du sénat ne cessèrent de relever les courages. Les Carthaginois ne s’émurent pas plus du péril d’Annibal que des victoires de Scipion en Espagne et de la prise de Carthagène (211). Leur aveuglement est un des plus extraordinaires de l’histoire. Il démontra d’une part qu’il n’est pas possible pour un État de se maintenir en puissance avec une politique uniquement basée sur la question de profit et, de l’autre, que la capacité d’offensive est seule garante d’une défensive efficace. C’est pour avoir obstinément sacrifié à cette double utopie tout le long de la seconde guerre punique (219-201) que Carthage succomba. La troisième fut brève (149-146) et se termina par la prise et l’incendie de la grande cité africaine[1]. À l’heure du péril suprême, elle retrouva pour mourir une énergie farouche et se défendit noblement. Mais il était trop tard. Les Romains parurent vouloir d’abord

  1. Annibal rappelé à Carthage après la seconde guerre punique avait tenté d’y réformer toutes choses et de préparer une coalition méditerranéenne contre les Romains. Désappointé, obligé de s’exiler, il se réfugia chez le roi de Bithynie Prusias. Ne s’y sentant pas eu sureté et craignant d’être livré à ses implacables ennemis, il s’y donna la mort (183).