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sur le comté de Barcelone et le comté de Foix furent abandonnées de façon à faire des Pyrénées, de ce côté, une frontière raisonnable et fixe entre France et Espagne. La même année fut conclu à Paris avec les Anglais (lesquels venaient pourtant de subir une importante défaite en Gascogne) un accord qui, en échange d’engagements théoriques, annulait maladroitement des avantages précédemment acquis. Enfin, par une fâcheuse abstention on négligea de profiter de l’état chaotique dans lequel se trouvait le royaume d’Arles pour provoquer son retour à la France dont il dépendait géographiquement et historiquement.

À l’intérieur au contraire, les initiatives furent nombreuses et bien inspirées. Les « ordonnances » de St-Louis sont instructives à consulter. La série en est remarquable. Il y en a deux qui retiennent surtout l’attention : celle de 1256 sur la gestion des communes et celle de 1262 sur la frappe des monnaies. La première édictait des préceptes pour assurer la bonne marche des affaires communales et imposait une reddition de comptes annuels à la comptabilité royale. C’était un début d’unification, sous le contrôle naissant de l’État, des communes émancipées. En effet, il fallait bien en venir là et — sous peine de laisser naître un désordre qui atteindrait vite au niveau du désordre féodal — établir une distinction nette entre l’autonomie et l’indépendance urbaines afin de favoriser l’une et de barrer la route à l’autre. Quant à l’ordonnance monétaire, elle avait pour but d’assurer par sa composition et sa fixité la supériorité de la monnaie royale sur les monnaies féodales et d’en imposer la circulation obligatoire dans tout le royaume : sans concurrence dans le domaine royal proprement dit et en concurrence avec les monnaies ducales ou comtales[1] dans les fiefs où subsistait le droit d’en frapper. Or cette mesure n’avait pas été prise sans consultation des intéressés ; des assemblées de notables avaient été appelées çà et là à en délibérer et l’ordonnance parut contresignée par des bourgeois de Paris, d’Orléans, de Provins, de Sens et de Laon. Si l’on ajoute que la plupart des réformes ou améliorations de ce temps furent précédées par une vaste enquête populaire conduite en 1247 et portant sur toutes les parties de l’administration, on aura une juste idée du sage contact en lequel le roi se maintenait avec ses sujets.

  1. Les principaux États féodaux qui subsistaient étaient, outre l’Aquitaine et la Guyenne fiefs anglais, la Flandre, la Bretagne, la Bourgogne et la Champagne.