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histoire universelle

Ces États-généraux de 1413, moins considérables numériquement que les précédents, firent preuve de hardiesse en même temps que d’esprit pratique. Par malheur il y eut des troubles dans les rues. Au cours d’une terrible émeute dite des « cabochiens » du nom du meneur qui la dirigeait, la Bastille fut prise (1413) et, dans le même temps, le roi recouvra temporairement la raison. Les Armagnacs se serrèrent autour du trône et sous prétexte de le défendre organisèrent une véritable « terreur blanche ». Et comme Henri v d’Angleterre venait de débarquer à Harfleur, (1415), ils se posèrent en seuls champions du patriotisme en face de l’envahisseur. Leur légèreté et leur insuffisance conduisirent la France à Azincourt. Toutes les sottises commises à Poitiers furent renouvelées. Méprisant l’infanterie qu’ils nommaient « la piétaille », les seigneurs ne pensèrent qu’à leurs exploits personnels. Et ils essuyèrent la défaite la plus irrémédiable.

Le royaume était désormais à la merci d’Henri v. C’était un homme jeune, d’abord gracieux, énergique et ambitieux. Enclin à la débauche, il s’était vite amendé, manifestant maintenant une grande piété non exempte d’esprit sectaire. De là à parler de sa « grande âme » selon l’expression de Guizot, il y a un pas. Henri v visait à s’assurer d’une base solide en Normandie ; il n’y réussit pas aisément. Rouen assiégée résista sept mois ; siège mémorable pendant lequel cinquante mille habitants périrent d’inanition ; un chien en arriva à valoir cent cinquante francs et une souris, six francs. Les vaillants habitants prouvèrent ainsi la force de leur attachement à la France. Réduits à merci, ils auraient pu dire comme l’avaient fait soixante ans plus tôt les gens de la Rochelle : « Nous avouerons les Anglais des lèvres mais le cœur ne s’en mouvera jamais ». Moins délicats étaient les seigneurs dont un grand nombre dans l’ouest parlaient de « se tourner anglais » ou de « se tourner français » comme s’il se fut agi de jouer à pile ou face.

Cette différence de niveau entre la valeur morale du peuple et celle des grands est à retenir car ainsi se clarifie la magnifique aventure de Jeanne d’Arc en laquelle il n’y eut ni mystère ni miracle mais simple personnification dynamique de l’élan collectif. Elle naquit le 6 janvier 1412 à Domrémy en Lorraine. Dès 1425 elle commença d’« entendre des voix ». Elle n’était pas la seule. Sur d’autres points du territoire, des phénomènes analogues se produisirent. C’était la grande misère du royaume qui agissait de la sorte sur l’esprit des simples au cœur