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histoire universelle

tieuse duquel étaient employés les esclaves lettrés. Au moyen-âge, les moines copistes des couvents avaient remplacé les esclaves. Ils étaient nombreux et comme leurs supérieurs leur en faisaient un cas de conscience, le travail accompli par eux fut considérable et soigné[1]. De véritables bibliothèques purent être constituées : celle de St-Louis ne compta pas moins de treize cents manuscrits ; celle de Charles v de France, un siècle plus tard, en contenait neuf cents, enluminés superbement et pourvus de reliures de bois avec gardes de velours ou de moire. De tels livres étaient attachés souvent avec des chaînes pour qu’on ne pût les emporter. Seuls de rares privilégiés obtenaient de consulter sur place ces richesses. Le besoin de savoir qui se propageait malgré tout n’y trouvait donc guère de satisfaction. C’est là ce qui assura de la vigueur aux universités naissantes ; l’enseignement oral qui s’y donnait pouvait seul suppléer dans une certaine mesure à l’absence de livres ; autour d’un professeur de grand renom tel qu’Abélard à Paris (1101-1136) la jeunesse se groupait. Mais ces étudiants précurseurs aspiraient à fixer en notes manuscrites les paroles du maître. Aussi l’industrie préalable dont dépendait toute diffusion scientifique était-elle celle du papier.

Le papyrus d’Égypte avait été jadis la seule matière vraiment propre à recevoir l’écriture ; elle était précieuse et coûteuse. Les rois Ptolémées en interdirent l’exportation. Alors Pergame, la rivale d’Alexandrie, inventa le « parchemin » (pergamena charta). Depuis bien longtemps, les Chinois fabriquaient du papier avec du coton mélangé d’autres matériaux tels que du bambou, de l’écorce de mûrier et même des chiffons. Le papier de coton fut connu en Europe vers le xme siècle. On l’employait à Constantinople et en Grèce ; les Vénitiens le firent connaître en occident. Les Arabes à leur tour améliorèrent quelque peu sa fabrication : ils créèrent des ateliers à Ceuta et en Espagne. Mais on n’obtenait encore qu’un produit terne et spongieux très vite détérioré. Enfin au début du xivme siècle apparut le papier de lin. Un pas décisif était franchi. L’imprimerie pouvait naître.

Le principe n’en était pas inconnu. Les Romains avaient employé des lettres mobiles en bois ou en ivoire pour apprendre à lire aux enfants. D’autre part il existait des sceaux ou cachets au moyen-âge qui s’imprimaient comme des timbres-tampons actuels. En Chine on était plus avancé. Au xme siècle le voyageur

  1. Par la suite, il n’en fut plus ainsi. Anxieux de rémunération matérielle et poussés à produire le plus possible, les copistes accumulèrent les omissions et les erreurs. Pétrarque s’est plaint d’eux en termes véhéments.