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napoléon iii ; l’europe nouvelle

la rendre sûre et stable. Quinze années durant, en face de la résistance habilement concentrée par Abd-el-Kader, l’armée française avait bataillé, gagnant en vaillance, en souplesse, en unité au point de devenir un remarquable instrument de guerre.

De tout cela Louis-Napoléon Bonaparte se trouva le bénéficiaire ; et il avait encore une force à son actif, le besoin de réaction d’une opinion humiliée. Louis-Philippe, bon administrateur, avait mal régné. Avant lui, la monarchie de Louis xviii, malgré l’affaiblissement initial que lui avait valu l’aventure des « cent jours », avait su assez vite reprendre son rang en Europe. Le principe discutable de l’expédition d’Espagne (1823) n’avait pas empêché la prise du Trocadéro de jeter quelque lustre sur son drapeau fleurdelisé. Sous Charles x, Navarin et Alger avaient apporté de la vraie gloire, saine et franche. Avec Louis-Philippe tout changea. La bourgeoisie triomphait, non pas celle de jadis sur laquelle les rois capétiens ou valois s’étaient souvent appuyés pour lutter contre l’emprise des seigneurs mais la bourgeoisie issue de la révolution de 1789 qu’elle avait dévoyée. Hostile à la fois à l’aristocratie par jalousie et au peuple par dédain, elle ne connaissait d’autre dogme que la protection de la « Propriété », n’aimait à dépenser qu’en vue d’un gain immédiat et envisageait la politique extérieure d’un point de vue d’arrière-boutique. Le roi, ne pouvant se réclamer ni du droit héréditaire ni des suffrages populaires manquait d’autorité pour diriger cette politique. Il avait passé la moitié de son règne à consolider son fauteuil et l’autre moitié à tenter d’élever ce fauteuil sur un trône. Vers la fin y ayant à demi réussi, il était devenu partisan de l’immobilité à un degré dont ses fils même s’alarmaient. Pareil régime naturellement avait souvent manqué de prestige et valu au pays des avanies et même quelques affronts. Le plus pénible à supporter avait été en 1840 la signature à Londres d’une convention par laquelle l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse et la Russie s’étaient mises d’accord à l’insu de la France et contre elle pour dépouiller le khédive d’Égypte, Mehemet Ali, de la Syrie ; vainqueur des Turcs, il réclamait du sultan le gouvernement héréditaire de ce pays ; la France très entichée de lui, appuyait ses revendications. L’humiliation ressentie fut indicible. Elle coïncida maladroitement avec le retour des