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henri iv de france ; élisabeth d’angleterre

que la stabilisation ne s’opère. Mais dès alors quelques esprits clairvoyants inclinent à dégager le pouvoir civil de l’emprise des Églises ou du moins, à décliner la compétence de l’État en matière de foi. Il faudra attendre les États-généraux de 1614 pour qu’en France le président du tiers-état, Miron, en un discours célèbre, ose formuler les prémisses d’une telle doctrine — et combien de lustres ensuite pour que la majorité de l’opinion y adhère ! N’importe ; on peut prévoir l’ère de la tolérance politique. Quant à la tolérance individuelle, d’où et comment poindra-t-elle ? On la dirait un moment moins prête à sortir du village protestant que du grand château catholique : constructions neuves dont les plâtres n’ont pas encore séché et dont il appartiendra aux résidents futurs d’aménager l’intérieur.


HENRI iv DE FRANCE
ÉLISABETH D’ANGLETERRE

Du point de vue de l’histoire universelle, il n’est guère de période autant dénuée d’intérêt que les règnes des trois fils d’Henri ii, car les Valois finissent par trois frères comme ont fini les Capétiens et comme finiront les Bourbons : étrange parallélisme des destinées de ces trois dynasties. De 1559 à 1589, François ii, Charles ix, Henri iii se succèdent sur le trône : personnages troubles ou falots qui, avec la reine-mère Catherine de Médicis[1], président à de sanglantes ou impuissantes intrigues sans cesse renouvelées et auxquelles la religion sert de prétexte.

La faute initiale en est à François ier dont l’attitude à l’égard du protestantisme naissant a été pitoyable d’incohérence et de faiblesse. D’abord sous l’influence de sa sœur Marguerite, il avait protégé les audaces de Lefèvre d’Étaples. Charmante figure que celle de ce vieux professeur de l’université adonné au culte des lettres et des sciences et les délaissant sur le tard

  1. Catherine de Médicis était la nièce du pape Clément vii et avait épousé par raison politique en 1533, le second fils de François ier qui ne semblait pas destiné à devenir dauphin et ne le fut que par la mort de son frère aîné. Catherine avait été froidement reçue par la cour qui considérait comme une mésalliance une telle union.