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l’épanouissement des facultés viriles cette espèce de baptême social qui est, en réalité, un baptême de boue et qu’ils appellent, eux, dans leur langage imagé « la noce ». Eh bien ! au collège ils la font à leur manière, la noce, parce qu’ils ne distinguent pas entre celle qui n’est pas admise et celle pour laquelle vous tenez en réserve des trésors d’indulgence ; non pas qu’il faille en manquer vis-à-vis de fautes isolées qui s’excusent d’autant mieux qu’elles résultent à un certain âge et dans certaines circonstances de tentations presque irrésistibles ; mais il est profondément honteux de voir ces fautes érigées en actions d’éclat et d’entendre ceux qui les commettent les raconter avec une satisfaction orgueilleuse non dissimulée. Ce qu’en France, nous appelons « faire la noce », ce n’est pas seulement accomplir des actes blâmables, mais surtout s’en montrer fier. En attendant qu’ils puissent à leur tour réaliser ce programme, vos enfants, messieurs, ont des conversations obscènes ; leurs pensées sont tournées vers des objets malsains et un certain nombre sont la proie de vices abjects..

Vous me direz, pour me prouver que j’exagère, que si nos collèges étaient véritablement en si piteux état, ceux qui y ont passé en conserveraient toute leur vie un si affreux souvenir, qu’ils fuiraient ces lieux abhorés, qu’il n’existerait pas d’associations amicales les réunissant de temps à autres à leurs anciens camarades, comme cela se fait presque partout… La réponse est facile ; sur tout cela la routine a étendu son manteau, mais sous ce manteau dorment, j’en suis convaincu, des rancunes sans nombre qui se lèveront toutes à la fois, dans une immense explosion de colère. Combien de regrets amers seront alors formulés et combien de bouches répéteront ces paroles de M. Maxime du Camp ! écoutez-les bien : « Le regret des temps du collège ne m’a jamais visité ; encore à l’heure qu’il est, je ne puis voir passer une bande de lycéens sans être pris de tristesse et lorsque, par