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préambule

certaine somnolence méfiante prédomine à l’égard du lendemain ; dans le second interviennent l’ignorance de la veille et l’oubli des leçons reçues. Là est le péril le plus redoutable. La tendance habituelle des sociétés démocratiques est, par leur constitution même, de se croire toujours en face de problèmes inédits et de situations sans précédents. L’élite sait à quel degré vraiment étrange l’histoire se répète ; la foule n’en a aucune notion parce que sa mentalité est celle de l’enfant qui se tient inconsciemment pour le centre de toutes choses et, rapportant toutes choses à soi, les regarde comme créées en même temps que lui et pour lui. À cela s’ajoute, de la part des dirigeants élus, l’habitude de la surenchère qui contribue aussi très fortement à enseigner à l’électeur le dédain de ce qui fut et la confiance exaltée en ce qui sera. Une démocratie éclairée est celle qui regarde en arrière quand il en est besoin pour y relever la marche des peuples sur les routes d’autrefois, celle qui a le sentiment de la valeur du temps et sait que le progrès est issu des labeurs additionnés, celle qui peut, en une certaine mesure, tirer ses motifs d’action ou d’abstention de l’exemple des sociétés antérieures.