Page:Coubertin - Lecons de gymnastique utilitaire, 1916.djvu/23

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coup de pied bas comme une sorte d’exercice d’assouplissement, je recommanderai surtout la pratique des chassés et du coup de pied de pointe, ainsi que de la prise de jambe. Cette gymnastique convient admirablement à un jeune garçon. Rien ne lui donnera plus d’aisance, d’assiette et de souplesse. Elle convient aussi à l’adulte chez qui elle entretiendra ces mêmes qualités. La boxe française est l’ennemie du rhumatisme. Combien de cures thermales lui sont inférieures !

La valeur de la boxe anglaise est plus généralisée encore. On peut l’enseigner aux tout petits et aussi aux jeunes filles. Je parle de la leçon, bien entendu et non de l’assaut ; mais voilà précisément une des merveilleuses particularités de ce sport que la leçon y est presque aussi intéressante que l’assaut.

Ce qui doit dominer l’enseignement en boxe anglaise, c’est l’offensive ; la défensive s’apprend par expérience : un enseignement basé sur la défensive est mauvais. La parade, d’ailleurs, est, le plus souvent, une imprudence pour le débutant qui, porté déjà à l’esquisser par instinct, la dessine tout de suite beaucoup trop et se découvre complètement. À la parade, il faut substituer l’esquive ; à la riposte, le coup d’arrêt. Les mouvements ont ainsi le double avantage d’une vitesse extrême et d’une réelle rudesse, éléments indispensables d’une leçon salutaire.

On n’a pas toujours un maître ou un prévôt à sa disposition, non plus qu’un adversaire de force à peu près équivalente. Ne peut-on travailler seul ?… Seul, il y a une chose à ne pas faire et une à faire. La chose à ne pas faire, c’est le travail dans le vide. Non seulement tout coup de poing (passe encore pour le coup de pied) donné dans le vide ne vous fait pas progresser, mais il vous fait reculer ; en force, en hardiesse, en direction, il vous donne de mauvaises habitudes. La chose à faire, c’est de taper à bonne distance sur un mur convenablement feutré. À moins d’être déjà bon boxeur, le punching ball n’est pas recommandable et, en tous cas, il ne supplée pas le mur sur lequel les poings s’endurcissent vite et bien.

Tout combat véritable et dépourvu de conventionnalité a chance de dégénérer en corps à corps ; c’est alors la lutte. Je n’hésite pas à le dire, la « lutte utilitaire » n’est pas au point. Qu’il s’agisse du style « libre » ou du style « gréco-romain », on est toujours en plein dans l’artificiel. La série logique et préalable des attaques et des défenses n’a pas été prévue parce que, d’une part, l’assaut s’achemine vers une terminaison fictive, celle des deux épaules touchant terre et que, de l’autre, on a voulu éviter les prises et les clefs dangereuses. C’est précisément