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LA RÉSURRECTION DES PEUPLES


15 octobre 1902.

Si l’on me demandait quel est l’événement historique le plus important du dix-neuvième siècle, je n’hésiterais pas à répondre que c’est la résurrection de la Grèce.

Imaginez un moment quelle serait notre stupéfaction si, demain, M. Pichon câblait de Tunis que des bandes carthaginoises, conduites par un descendant d’Hannibal, se sont emparées de Bizerte, ou si, d’Amérique, nous venait la nouvelle qu’une armée aztèque a chassé de Mexico, redevenue Tenochtitlan, les soldats du président Porfiro Diaz ! L’ahurissement de l’Europe ne fut pas moindre lorsqu’elle apprit, en 1821, que la victoire de Valtetzi et la prise de Tripolitza étaient le fait des Grecs révoltés. Des Grecs ? Il y avait encore des Grecs ? Quelle bonne plaisanterie ! Ceux qui se réclamaient ainsi de l’Hellade défunte ne pouvaient être qu’une poignée de ces « chrétiens d’Orient », gens d’ordinaire peu recommandables, en révolte contre leur souverain légitime, S. M. le Sultan. Ainsi l’affirmait M. de Salaberry. Et M. de Villèle, qui n’était point un sot, demandait, tout surpris que l’opinion commençât de s’émouvoir, « quel si grand intérêt on pouvait prendre à cette localité ».

La belle apparence, en effet, qu’une race descendue au sépulcre depuis des siècles et dont le sol natal avait été balayé successivement par tant d’ouragans et occupé par tant de durs conquérants, eût pu préserver jusqu’à nos