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LE CONGRÈS DE LA SORBONNE



Du reste, avant de « populariser » il fallait « internationaliser ». J’en avais depuis longtemps le sentiment et j’étais résolu à tenter l’aventure. Quand et comment cette nécessité s’associa-t-elle dans mon esprit avec l’idée du rétablissement des Jeux Olympiques, je ne saurais le dire. Il fallait internationaliser parce qu’en France l’émulation venue du dehors est la seule qui agisse de façon efficace et durable. Qu’on y regarde de près, les ressorts français sont presque toujours au nombre de trois : le besoin, la mode, la concurrence étrangère. Le besoin, il sera long à créer en matière de sport ; il faudra une lente accoutumance à travers plusieurs générations. La mode a chez nous des royautés aussi despotiques qu’éphémères ; certes son concours avait été précieux au début ; mais la chose avait fait long feu ; plus d’espoir de ce côté. Restait la concurrence étrangère. Là était l’avenir. Il fallait organiser les contacts entre notre jeune athlétisme français et les nations qui nous avaient précédés dans la voie de la culture musculaire. Il fallait assurer à ces contacts une périodicité et un prestige indiscutables. Les instituer dans ces conditions ne revenait-il pas à restaurer l’olympisme ?

Ce terme m’était familier. Rien dans l’histoire ancienne ne m’avait rendu plus songeur qu’Olympie. Cette cité de rêve consacrée à une besogne strictement humaine et matérielle dans sa forme, mais épurée et grandie par la notion de la patrie qui possédait là, en quelque sorte, une usine de forces vitales — dressait sans cesse devant ma pensée d’adolescent ses colonnades et ses portiques. Bien avant de songer à extraire de ses ruines un principe rénovateur, je m’étais employé en esprit à la rebâtir, à faire revivre sa silhouette linéaire. L’Allemagne avait exhumé ce qui restait d’Olympie ; pourquoi la France, ne réussirait-elle pas à en reconstituer les splendeurs ? De là au projet moins brillant mais plus pratique et plus fécond de rétablir des Jeux, il n’y avait pas