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mouvement n’avait pas dévié ; le rowing en restait le centre. La bonne volonté des sociétés se manifesta par des réponses chaleureuses mais, par suite des circonstances, elle devait demeurer sans effet et l’aviron s’effacer devant les autres sports.

L’opinion publique n’entrait pas dans ces détails ; elle eût été bien en peine de discuter congrument la valeur des divers exercices. Elle appelait les rameurs des canotiers, les joueurs de cricket des combattants, les jerseys des jaquettes et de temps à autre, un journaliste bienveillant nous recommandait de ne pas oublier dans notre programme… les barres « ce jeu si français » ! Mais en bloc, suggestions et innovations recevaient l’approbation générale. Je viens de revoir soixante et onze articles collés par moi dans un album et parus entre le 15 mai et le 15 août 1888. Un seul nous critique et c’est un journal anglais, l’Athenæum, très en colère contre la passion sportive qui sévit dans son propre pays. Par contre, les étudiants belges appellent à grands cris pareil réveil chez eux. Quelques-uns de ces articles consacrent trois, quatre et cinq colonnes à discuter la question pour aboutir tous à cette conclusion de M. Charles Maurras dans l’Observateur français que « les réformes à exécuter doivent certainement être dirigées dans le sens qu’indique M. de Coubertin ». Et l’Instruction publique elle-même, s’associe à la dite conclusion ; « son spécifique (le mien) c’est le sport. Il nous semble que les vertus qu’il lui attribue sont un peu exagérées ; et pourtant, dans une large mesure, nous croyons qu’il dit vrai ». Je regrette que l’on m’ait forcé, en la discutant et en la niant contre toute évidence, à rechercher ici les témoignages rendus à mon initiative. Après des attaques dont la mauvaise foi égale la violence, on me pardonnera de constater que cette initiative fut reconnue de façon unanime dans les journaux et les revues[1] sans qu’une seule fois mention ait été faite d’efforts antérieurs et similaires. L’unanimité avait été assez absolue et le retentissement assez grand pour que, dès le 14 juillet 1888, M. Charles Bigot pût écrire dans sa chronique de la Revue Bleue : « Au reste, l’élan est donné. Un livre venu précisément à la date opportune, l’Éducation en Angleterre de M. Pierre de Coubertin qui a paru ce printemps est venu rappeler quelle part importante

  1. Voir notamment les articles signés Chincholle dans le Figaro (7 juin), H. Valbel dans l’Événement (10 juin), Léon Ducret dans le Voltaire (12 juin), Louis Mainard et Émile Beaune dans le National (13 juin et 7 juillet), Paul Bluysen, dans la République française (6 juillet), et les articles de la Revue des Sports (6 juin), de la Revue de famille (15 juin), de l’Illustration (16 juin), de la Revue Internationale (30 juin), etc.