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à travers l’histoire sud-américaine

Étudions, nous autres gens au long passé, étudions désormais cette jeune histoire. Elle est belle et humaine ; elle est pleine d’héroïsme et de noblesse. Pendant longtemps de vulgaires, de faciles ironies nous l’ont dissimulée. Et de même que l’Europe s’est tant obstinée à ne voir dans les Américains du Nord que des coureurs de dollars sans idéal et sans hauteur, de même elle se représente les ordonnateurs de l’Amérique du Sud sous la figure de généraux à panache publiant des proclamations grandiloquentes. Il est temps d’en finir avec ce cliché. Les écrivains futurs rechercheront pour les mettre en lumière ces figures énergiques ou séduisantes du dix-neuvième siècle sud-américain : l’indomptable Bolivar, l’honnête et consciencieux empereur dom Pedro ii, Miranda et San Martin les soldats vaillants, Rosas et Francia les dictateurs farouches et obstinés, Garcia Moreno, Lopez, Sarmiento qui avait pour devise : sans instruction, point de liberté, Santander précurseur du percement de Panama, Paez, l’ancien capitaine des terribles llaneros devenu un chef d’État modéré et économe… et derrière ceux-là, beaucoup d’autres moins en vue, de traits moins accusés, mais dont les efforts furent efficaces et qui contribuèrent, à leur rang et dans leur sphère, à préparer l’accès définitif du vaste continent à la civilisation moderne.

Il y a quatorze ans, commentant dans un journal français le rapprochement qui s’esquissait entre « l’Espagne et ses filles »[1], j’écrivais à propos de l’Amérique du Sud ces lignes qu’on m’excusera de rappeler : « Toutes les richesses du globe s’y trouvent accumulées : métaux, pierres précieuses, épices, graines, essences rares, matières premières des industries de luxe. L’élevage et la culture, les exploitations minière et forestière n’y donnent pas encore le sixième du rendement exigible. Un climat sain et varié, des côtes hospitalières, une orographie et une

  1. Figaro du 1er septembre 1902.