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l’éducation anglaise

iii

J’en viens maintenant, Messieurs, à ce qui me paraît le plus digne de remarque dans l’éducation anglaise ; je veux dire au rôle qu’y joue le sport. Ce rôle est, à la fois, physique, moral et social ; et nous avons un double motif de le considérer ici, car je crois que si quelques réformes peuvent être espérées dans notre système, c’est par là seulement qu’elles pourront être introduites ; il me semble même voir un courant se dessiner dans ce sens qu’on pourrait utiliser très avantageusement.

Le sport, c’est le mouvement, et l’influence du mouvement sur les organes est une chose dont l’évidence s’est manifestée en tout temps ; toujours la force et l’adresse ont été appréciées chez les peuples sauvages comme chez les civilisés, et on les obtient l’un et l’autre par l’exercice et la pratique. L’heureux développement des qualités physiques produit généralement un heureux équilibre dans le domaine moral : Mens sana in corpore sano, disaient les anciens.

Mais je dois me garder des généralités et me cantonner sur le terrain exclusivement anglais que j’ai choisi. Or rien à mon avis ne peut mieux donner idée de ce qu’est, à cet égard, le sentiment public, que ce passage extrait d’un roman qui a joui d’une belle vogue et où le monde scolaire est fort bien dépeint. J’ouvre une parenthèse pour le citer : j’ai fait effort pour le traduire le plus exactement possible, mais la difficulté était extrême, car la pensée de l’auteur n’a guère d’équivalent en français et je crains que les mots qu’il emploie n’aient pas assez d’écho dans nos esprits. — Ce chapitre est intitulé : Muscular christianity, ce qui veut dire ou à peu près : athlétisme chrétien. « Dans le cours des enquêtes auxquelles je me suis livré, dit l’auteur, pour me renseigner sur l’athlétisme chrétien, le but et les moyens de ses membres, j’ai été amené à reconnaître qu’à côté de cette société il en existait une autre dont les adhérents méritent le seul nom d′athlètes, le point de contact entre les deux étant que de part et d’autre on estime que c’est un grand avantage d’avoir des corps vigoureux et agiles ; mais les uns ne semblent pas se douter du pourquoi ils ont un corps et le promènent du bout du monde à l’autre pour le service de leurs intérêts ou la satisfaction de leurs caprices, au lieu que les autres ont hérité de la vieille maxime chevaleresque que le corps de l’homme doit être bien exercé et développé par son maître pour ensuite servir à la protection des faibles, à l’avancement de toutes les causes justes et à la conquête du monde. » Et, s’adressant à son héros, l’auteur lui