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l’éducation anglaise

famille ; ils se plaisent à décorer leur petite chambre ; sur les murs on voit les portraits de leurs parents, de leurs amis, des gravures de chasse ; souvent il y a des fleurs, de jolis bibelots, des panoplies… C’est là qu’ils font leurs devoirs quand bon leur semble ; il faut qu’ils soient achevés au jour dit, voilà tout. Ce sanctuaire est quasiment inviolable ; le maître en franchit le seuil le plus rarement possible et plutôt en visiteur qu’en surveillant.

Les classes ont lieu à heures fixes ; c’est aux élèves à s’y présenter exactement ; ils n’y vont pas en rangs et au son de la cloche.

Est-il besoin de parler de liberté dans les jeux ? Celle-là est complète ? Jamais le cricket, le lawn-tennis ou le foot ball n’ont été imposés et jamais des collégiens britanniques, n’ont eu à formuler l’étrange réclamation notée par Mgr Dupanloup : « Si vous saviez, M. le supérieur, comme ça nous ennuie de nous amuser ainsi. » — Je ne puis entrer dans l’énumération d’ailleurs un peu dénuée d’intérêt de tous les genres de récréations entre lesquels ils peuvent choisir ; mais partout j’ai vu en plus des jeux de plein air, des bassins de natation chauffés, des gymnases, des salles pour la boxe, la paume et des ateliers où l’on peut s’initier aux mystères de la menuiserie et d’autres travaux manuels. Rien de tout cela n’est réglementé quant aux heures. J’ajouterai que les barrières sont toujours ouvertes et les promenades dans la campagne toujours possibles. Et le soir quand on rentre dans sa chambre pour y goûter un repos bien gagné, il n’est pas défendu de s’asseoir à sa table pour y repasser une leçon ou y écrire une lettre à la lueur de sa bougie sur laquelle on n’est pas obligé de souffler à tel moment précis plutôt qu’à tel autre.

Cette liberté a deux corollaires indispensables : la responsabilité et la hiérarchie ou la surveillance des élèves par les élèves eux-mêmes. Par responsabilité j’entends l’inévitable châtiment ou l’inévitable dépense auxquels s’exposent les auteurs d’un méfait sans que leur repentir ou leur attitude puissent y rien changer. Le châtiment peut être un pensum, mais il est corporel dès que le cas est un peu grave. Pour faire comprendre combien les verges sont populaires, faut-il évoquer le souvenir de ces jeunes gens qui se révoltaient naguère parce qu’il était question de les supprimer de leur horizon ? Loin d’être considérées comme infamante on les regarde comme un concours de courage, le patient ayant souvent fort à faire pour retenir ses larmes ou ses cris. Dans certaines écoles congréganistes on a remplacé ce traditionnel moyen de répression par des férules, des coups assez violents donnés sur les doigts ou le dos de la main. Cela est plus commode pour le bourreau mais l’invention est malencontreuse ; ce ne sont pas les mains, toujours faciles à estropier, qu’il faut choisir… Je n’insiste pas, mais il y a une puni-