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INTRODUCTION


« C’est maintenant une banalité de l’histoire littéraire que de représenter Ronsard comme le fondateur de la littérature classique en France[1] », et peut-être un jour se demandera-t-on quelles différences séparaient les écrivains du XVIIe siècle de ceux du XVIe. L’une des premières, ou du moins des plus facilement reconnaissables, est dans la manière de concevoir l’imitation des Grecs et des Latins. Cette imitation est commune aux deux siècles, et à d’autres ; elle diffère de nature suivant les époques. Si le moyen âge en célébrant la largesse d’Alexandre ou en paraphrasant Ovide, la Pléiade en étudiant les beaux parleurs et les élégants poètes anciens, le XVIIe siècle en habillant les héros homériques en gentilshommes galants, le révolutionnaire en « enfonçant

Le casque étroit de Sparte au front du vieux Paris ».

continuent tous la même tradition classique, Jean de Meung n’en diffère pas moins de Ronsard, et Racine de M.-J. Chénier : la façon d’imiter importe plus que ce qu’on imite, et pourrait servir à définir la littérature de chaque génération. Les classiques français entendaient bien s’y prendre autrement

  1. E. Faguet, (Histoire de la langue et de la littérature française publiée sous la direction de Petit de Julleville, VII, 662).