Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/34

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En précisant ainsi la valeur d’un terme dont les acceptions peuvent varier, s’étendre ou se restreindre selon les besoins du discours, nous ne nous écartons d’aucune acception communément reçue, à tel point qu’on puisse reprocher à notre définition d’être artificielle ou arbitraire : elle sera d’autant mieux justifiée que nous parviendrons plus complètement à montrer, dans la suite de cet ouvrage, que la faculté ainsi définie domine et contrôle toutes les autres ; qu’elle est effectivement le principe de la prééminence intellectuelle de l’homme, et ce qui le fait qualifier d’être raisonnable, par opposition à l’animal, à l’enfant, à l’idiot, qui ont aussi des connaissances, et qui même les combinent jusqu’à un certain point.

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Il ne faut pas confondre l’idée que nous avons de l’enchaînement rationnel ou de la raison des choses avec les idées de cause et de force, qui se trouvent aussi dans l’esprit humain, mais qui y pénètrent d’une autre manière. Le sentiment de la tension musculaire suggère à l’homme l’idée de force, laquelle, en s’associant aux notions de la matérialité, telles que ses sens les lui fournissent, devient la base de tout le système des sciences physiques. Quant à l’idée de cause, les métaphysiciens ont assez disserté pour montrer comment elle procède du sentiment intime de l’activité et de la personnalité humaine, pour faire voir par quelle induction l’homme transporte dans le monde extérieur cette idée que lui donne la conscience de ses propres facultés. Nous n’avons nul besoin de reprendre ici cette question délicate : car l’idée de la raison des choses a une tout autre généralité que l’idée de cause efficiente, qui déjà est bien plus générale que l’idée de force, et il ne paraît ni indispensable ni même possible d’assigner une origine psychologique à la première de ces idées. Elle est perçue avec clarté dans la région la plus élevée de nos facultés intellectuelles. Le spectacle de la nature ne suffirait point pour la développer, si nous n’en portions le germe en nous-mêmes. Cette idée peut être éveillée, mais non donnée par la conscience de notre activité personnelle, et encore moins par le sentiment de l’effort musculaire et par