Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/49

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à deux séries d’ascendants ; et dans l’ordre ascendant, les lignes paternelle et maternelle se bifurquent à chaque génération. Il peut devenir à son tour la souche ou l’auteur commun de plusieurs lignes descendantes qui, une fois issues de la souche commune, ne se croiseront plus, ou ne se croiseront qu’accidentellement, par des alliances de famille. Dans le laps du temps, chaque famille ou chaque faisceau généalogique contracte des alliances avec une multitude d’autres ; mais d’autres faisceaux, en bien plus grand nombre, se propagent collatéralement, en restant parfaitement distincts et isolés les uns des autres aussi loin que nous pouvons les suivre ; et s’ils ont une origine commune, l’authenticité de cette origine repose sur d’autres bases que celles de la science et des preuves historiques. Chaque génération humaine ne donne lieu qu’à une division bifide dans l’ordre ascendant ; mais l’on conçoit sans peine la possibilité d’une complication plus grande lorsqu’il s’agit de cause et d’effets quelconques, et rien n’empêche qu’un événement ne se rattache à une multitude, ou même à une infinité de causes diverses. Alors les faisceaux de lignes concurrentes par lesquels l’imagination se représente les liens qui enchaînent les événements selon l’ordre de la causalité, deviendraient plutôt comparables à des faisceaux de rayons lumineux, qui se pénètrent, s’épanouissent et se concentrent, sans offrir nulle part d’interstices ou de solutions de continuité dans leur tissu.

30.

Mais, soit qu’il y ait lieu de regarder comme fini ou comme infini le nombre des causes ou des séries de causes qui contribuent à amener un événement, le bon sens dit qu’il y a des séries solidaires ou qui s’influencent les unes les autres, et des séries indépendantes, c’est-à-dire qui se développent parallèlement ou consécutivement, sans avoir les unes sur les autres la moindre influence, ou (ce qui reviendrait au même pour nous) sans exercer les unes sur les autres une influence qui puisse se manifester par des effets appréciables. Personne ne pensera sérieusement qu’en frappant la terre du pied il dérange le navigateur qui voyage aux antipodes, ou qu’il ébranle le système des satellites de Jupiter ; mais, en tout cas, le dérangement serait d’un tel ordre de petitesse, qu’il ne pourrait se manifester par aucun effet sensible pour nous, et que nous