Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/63

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réglions notre conduite en prévision de la reproduction de l’événement A, plutôt qu’en prévision de la reproduction de B. Si l’on considère les deux fractions dont l’une est le rapport entre le nombre des épreuves qui ont amené A et le nombre total des épreuves, l’autre le rapport entre le nombre des épreuves qui ont amené B et ce même nombre total, l’ordre de grandeur des deux fractions motivera pour nous un ordre de préférence, quant aux événements à la reproduction présumée desquels nous subordonnerons notre conduite ; mais ce motif de préférence ne sera pas une grandeur susceptible d’être mesurée par les fractions dont il s’agit ici, ou par d’autres nombres que certains géomètres ont proposés à cet effet. En un mot, sauf le cas de règlement d’un pari, la probabilité subjective dont il s’agit ici, de même que celle dont il était question tout à l’heure, sortira du champ des applications de la théorie mathématique des chances, laquelle a essentiellement pour objet des grandeurs mesurables et des rapports qui subsistent entre les choses, indépendamment de l’esprit qui les conçoit. Nous avons dû rappeler ici succinctement les principes philosophiques de cette théorie, parce que nous aurons sans cesse, dans la suite de nos recherches, à invoquer des jugements fondés sur des probabilités qui, sans être de la même nature que les probabilités mathématiques, et sans pouvoir être assujetties au calcul, se rattachent pourtant aussi à la notion du hasard et de l’indépendance des causes, ainsi qu’on va l’expliquer.