Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/87

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L’idée de la finalité des causes, comme l’idée du hasard, revient sans cesse, aussi bien dans la conversation familière que dans les discours des philosophes et des savants : et l’on en sent l’étroite connexité, l’on est amené à en faire le rapprochement, lors même que l’on ne s’en rend pas un compte rigoureux. Si l’une est restée indécise ou obscurcie par de fausses définitions, les mêmes raisons ont dû faire que l’autre offrît aussi de l’obscurité et de l’indécision. Si nous avons été assez heureux pour donner plus de clarté à la notion du hasard, pour en arrêter plus nettement les traits caractéristiques, pour en tirer des conséquences qui apportent quelque perfectionnement à la théorie, nous pourrons sans trop de présomption espérer qu’en suivant la même analyse, ou une analyse du même genre, nous parviendrons à jeter quelque jour sur ces questions relatives à l’harmonie du monde, à la part du hasard des causes finales : questions qui sollicitent la curiosité inquiète de l’ignorant comme du savant, et à la poursuite desquelles l’humanité ne peut rester étrangère ou indifférente dans aucune des phases de son développement. Lorsqu’une chose exige pour se produire et pour subsister l’accord ou le concours harmonique de causes diverses, c’est-à-dire une combinaison singulière entre toutes les autres, il n’y a pour la raison que trois manières de se rendre compte de l’harmonie observée : 1° par l’épuisement des combinaisons fortuites, dans le champ illimité de l’espace et de la