Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/141

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JEAN-BAPTISTE ROUSSEAU


1669 — 1741



Le grand mouvement littéraire qui se produisit en France au milieu du xvi e siècle, et qui, dans ses audaces naïvement généreuses, n’hésita devant aucune tentative, créa l’ode dans notre littérature, en prenant pour point de départ, selon son goût de procédés savants, l’imitation des poètes antiques. Sous l’influence de la Grèce et de Rome, tous les modes du genre furent dès lors essayés. On voulut, et l’on crut ingénument faire à loisir du Pindare, de l’Horace et de l’Anacréon. On prétendit lutter avec les maîtres de souplesse de forme, et d’ingénieuse invention dans la composition et la variété des rhythmes. Tous ces efforts d’esprits délicats et pleins d’adoration pour l’art exquis des anciens eurent en effet des résultats dont les successeurs profitèrent amplement, sans trop sembler tenir compte de tout ce que les premiers chercheurs avaient apporté. Il y eut, au lendemain de la conquête de ce nouveau continent poétique, comme un concert d’ingratitude envers ces courageux aventuriers qui, les premiers, avaient mis le pied sur la plage inexplorée, et qui avaient entrepris sur-le-champ, avec une ardeur pleine de foi et tout à fait touchante, les plus profonds et les plus essentiels défrichements. Malherbe, tout en les condamnant avec sa sèche sévérité, savait au fond tout ce qu’il avait recueilli do ces primitives et hasardeuses entreprises. Ceux qui le suivirent immédiatement s’efforcèrent, comme lui, d’épaissir le voile d’oubli sur l’œuvre des hardis devanciers. Moins d’un siècle après, lorsqu’à son tour apparut Jean-