Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/175

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GRÉCOURT


1684 — 1743



Quel dommage que l’abbé Jean-Baptiste-Joseph Willart de Grécourt n’ait pas vu le jour trente ans plus tard, et n’ait pas pu recevoir les ordres des mains de l’abbé de Voisenon 1 Le diacre eût été digne du grand vicaire. Tous deux jetèrent de côté avec le même sans gêne le caractère dont ils étaient revêtus et les devoirs qu’ils avaient à remplir ; pareil appétit les entraîna tous deux vers le fruit défendu ; ils suivirent insoucieusement la pente, et chacun d’eux le cueillit du mieux qu’il put. Grécourt se jeta plus avant et plus effrontément dans le plaisir ; il en parla plus nettement, sans périphrase et sans pudeur ; il chanta plus vivement le vin et plus hardiment les femmes ; mais il avait une santé robuste, et Voisenon un corps débile ; mais il n’était que diacre, et Voisenon avait failli devenir évèque.

Le grand vicaire fit le Sultan Misapouf ; le diacre fut peut-être le premier qui chanta la gaudriole, sans pointe madrigalesque, sans recherche, et souvent sans esprit, pour le seul plaisir de dire de gros mots. Aujourd’hui, grand vicaire et diacre seraient mis au ban de la société polie. Au xviiie siècle, le grand vicaire fut choyé, caressé, fêté ; le diacre, invité par les grands, chanta ses refrains aux meilleures tables, et les ducs et pairs firent chorus. De tels faits disent toute une époque.

Une édition des œuvres de Grécourt, qui se trouve à la bibliothèque de l’Arsenal, porte, à sa première page, cette note manuscrite du marquis de Paulmy : a J’ai connu l’abbé de Grécourt ; il avait l’air pesant