Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/195

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RACINE LE FILS


1692 — 1763



Chez les Égyptiens, les professions étaient héréditaires : mais jamais en France aucune loi n’a contraint les fils à suivre la carrière des pères de famille. Comment se fait-il donc que Louis Racine ait voulu marcher sur les traces de Jean Racine ? A peine sorti du collège, cet ambitieux cadet effrayait déjà sa mère par la vivacité do son goût pour la littérature. Madame Racine l’envoya chez Boileau qui le chapitra vertement : a On n’a point vu de grand poëte fils d’un grand poëte ; et d’ailleurs vous devez savoir mieux que personne à quelle fortune cette gloire peut conduire. » Malgré cette semonce, le jeune Louis continua de rêver à la gloire littéraire. Il essaya pourtant de faire son droit, il prit sa licence ; après quoi, dégoûté sans doute du barreau et caressant toujours sa chimère, il entra sous l’habit ecclésiastique dans la congrégation de l’Oratoire. S’il eût persisté dans ce dernier parti, Racine le fils aurait été sans doute un excellent oratorien. Il préféra s’adonner tout entier à la poésie, et ce fut dans la maison même de Notre-Dame des Vertus qu’il composa le poëme de la Grâce.

La tragédie l’avait d’abord attiré, mais ayant toujours sous les yeux Y Œdipe de Sophocle, et Athalie, une crainte respectueuse l’empôcha de se hasarder au théâtre. « Mon ambition, dit-il, fut mon salut. » Le poëme de la Grâce no réussit pas. Cet ouvrage de janséniste lui valut