Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/268

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GRESSET


1709 — 1777



Lorsqu’on 1734 s’échappa furtivement d’un collège de jésuites l’aimable badinage qui chantait les aventures du perroquet Vert-Vert, la société inoccupée et puérilement blasée de cette époque le reçut avec enthousiasme. On le lut manuscrit, on le relut imprimé. Goùlé, fêté, prôné, ce conte gracieux prit le nom de poëme et devint un événement. En peu de jours il courut partout ; on le sut en France ; on le sut hors de France. Jean-Baptiste Rousseau écrivit que l’œuvre était un prodige, et son auteur un des plus heureux et des plus beaux génies qui eussent jamais existé. « Je ne sais, ajoutait-il, si tous mes confrères modernes et moi ne ferions pas mieux de renoncer au métier que de le continuer, après l’apparition d’un phénomène aussi surprenant. »

Un abîme d’idées et d’événements nous sépare de cette première moitié du xviiie siècle, contre la frivolité duquel commençait à lutter Voltaire. Nos haines comme nos enthousiasmes vont à des choses plus viriles, et il semble difficile aujourd’hui d’arrêter son esprit sur les gracieuses médisances du novice de Tours, sur les— phrases gentilles des nonnes de Nevers. Cependant, si nous réservons notre attention h l’utile, et notre admiration au beau, nous ne sommes pas devenus tout à fait insensibles au joli ; nous saurions quelquefois ; nous n’avons pas dit à l’esprit et à la grâce un dernier adieu, et nous portons à l’art —un respect trop grand pour ne pas estimer en elles-mêmes ces qualités extérieures qui suffisent à sauver une œuvre de l’oubli. On ne peut les méconnaître dans Vert-Vert, ni dans quelques-unes des autres œuvres de Gresset. La langue y garde celte pureté qui restera toujours un charme pour les amis des lettres ; la phrase porte l’harmonie qui berce