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DIX-HUITIÈME SIÈCLE.

être un jour quo ce qui voltigea sur son berceau, ce fut un essaim do papillons.

J’ai dit le mot lyrique en parlant do cette poésie, et le mot est doute un peu ambitieux ; ce sont les deux derniers vers de la période qui l’ont amené : ils ont en effet du rhythme et du charme ; on dirait presque une note pressentie, mais faible, de quelque harmonieuse lyre d’aujourd’hui. Après cela, je me hâte do convenir que ces notes do l’instrument vrai, tout en revenant de temps en temps, sont, au milieu de tant d’arpèges surannés, malheureusement bien noyées et trop rares.

Que nous importe ensuite de savoir que François Joachim de Pierres, de la famille ancienne des Bernis, naquit à Saint-Marcel de l’Ardèche, le 221 mai 4745 ? On s’en tiendrait volontiers à la poétique origine que nous nous plaisions à supposer. La date toutefois n’est pas indifférente. C’était bien à la veille même de la folle régence, et, pour mieux dire, avec elle, que devait venir au monde ce galant abbé-poète qui, vingt ans plus tard, se trouva si vite à l’unisson des esprits éclos à son gai soleil.

A peine sorti du séminaire, où les profanes rêveries durent plus d’une fois troubler ses études théologiques, le jeune abbé entra d’emblée dans le monde où l’appelaient naturellement sa naissance, sa bonne grâce et son esprit. Les maisons les plus renommées, les sociétés les plus charmantes, dont l’accès était si fort envié, s’ouvrirent tout d’abord devant sa belle tournure, son fin sourire et ses jolis vers. Sa muse alternait avec celle du maître [altcrnœ camœnœ) à l’hôtel du duc de Nivernois. 11 comptait dans la brillante compagnie de madame Dupin, « à laquelle, dit Jean-Jacques, il ne manquait que d’être un peu moins nombreuse, pour être d’élite dans tous les genres. » Ce fut là qu’il rencontra pour la première fois Fontenelle, Buffon et Voltaire ; et sa liaison avec les deux plus aimables de ces trois illustres date certainement de cette époque. Dans ce salon célèbre, cependant, l’éclat du talent et du génie ne séduisit pas seul cet aimable Bernis. Des femmes renommées alors pour leur esprit, leur beauté, leur rang (presque toutes étaient de haute qualité ) ne composaient pas le côté le moins éblouissant de la société de madame Dupin. Une d’elles, la princesse de Rohan distingua Bernis, et la faveur de cette dame contribua puissamment à mettre le galant rimeur en évidence, et bientôt en vogue. Ce fut le moment où l’abbé-poëte, « bien joufflu, bien frais, bien poupin, en compagnie du gentil Bernard, amusa de ses jolis vers les joyeux soupers de Paris. »