Page:Crépet - Les Poëtes français, t3, 1861.djvu/308

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SAINT-LAMBERT


1717 — 1803



« La France serait aujourd’hui sans gloire dans les lettres, sans un petit nombre d’ouvrages de génie, tels que le poëme des Quatre Saisons… » C’est Voltaire qui parle ainsi. Faut-il lire dans cette phrase l’expression sincère de sa pensée ? Faut-il n’y voir que la récompense des vers pompeux où Saint —Lambert, proclamant l’auteur de Zaïre

Vainqueur des deux rivaux qui régnent sur la scène,


le met au-dessus de Corneille et de Racine ?

Lorsque Voltaire, dans l’ardeur de la lutte incessante qu’il soutient, lance, au hasard de l’attaque ou de la réplique, l’éloge de ses amis, pour combattre et blesser ses adversaires, on peut le soupçonner, à bon droit, d’exagérer ; mais il n’est guère permis de mettre en doute la sincérité des jugements qu’il porte dans celles de ses œuvres dont il a voulu faire des monuments historiques ou littéraires. Or, c’est dans une de ces œuvres, dans le Précis du Siècle de Louis XIV, qu’il place au premier rang la gloire poétique de Saint-Lambert.

Plus d’une fois, dans ses lettres et dans ses poésies légères, il revint sur la même pensée. Il lui écrivait encore, en 1773, plusieurs années après la publication des Saisons : « Quelques personnes vous reprochent un peu trop de flots d’azur, quelques répétitions, quelques longueurs, et souhaiteraient dans les premiers chants des épisodes plu-à frappants…. Soyez persuadé que c’est le seul ouvrage de notre siècle qui passera à la postérité… Je suis votre admirateur et votre ami, hasta la muerle. »

Des éloges si précis venant d’un tel juge sur un poème qu’on ne lit