Page:Crevel – Discours aux peintres, paru dans Commune, 1935.djvu/5

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aux pires calembredaines. Il y a surenchère et non point trouvaille.

Malgré leurs apparences contradictoires, les vers nouveaux sur les pensers antiques et les vers antiques sur les pensers nouveaux se réduisent à une piètre identité.

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Toujours et sans que jamais la plus petite ombre d’exception soit venue confirmer la règle, l’homme a été le sujet de tous les livres, de tous les tableaux, de toutes les architectures.

De la condition qui lui est faite, de son devenir le plus général dépendent les manifestations les plus particulières de l’art.

Le peintre peut et doit donc se refuser à séparer l’art et l’homme, même s’il n’en est pas encore, comme Robert Delaunay, à n’user de l’art qu’en vue de préparer des maisons à l’homme.

Alors que la mode était au tableau de chevalet, nous a-t-il dit, Robert Delaunay ne pensait qu’à de grands ouvrages muraux, architecturés, présentant une idée collective. Il n’a pas cessé de suivre ce chemin. Il veut que l’homme sorte de sa caverne, qu’il n’ait plus de portes pareilles à des coffres-forts, qu’il vive dans un habitat digne de lui.

Cette décision du peintre révèle une des tendances de la peinture, marque une de ses possibilités, lui ouvre une des voies où s’engager pour se renouveler, au lieu de s’étioler et de finir par crever, dans un coin de galerie, sous la couronne des projecteurs, avec des prétentions de naine ou des soupirs d’évanescence.

Il est très bien de dire : « Moi, Robert Delaunay, moi artiste, moi manuel, je fais la révolution dans les murs. »

Mais pour que la révolution vraiment se fasse dans les murs, dans les portes et fenêtres, ne croyez-vous pas, Delaunay, qu’elle doive commencer par se faire ailleurs ?

« Les Soviets partout », réclament les manuels, ouvriers et artistes et les intellectuels, s’ils ont pris conscience, d’une part, du sort inadmissible que leur fait le désordre capitaliste, et d’autre part des chances individuelles que pourra leur valoir l’harmonie collective, dans un monde sans classe.

Il suffit d’une petite promenade à travers les rues des grandes villes et des petites campagnes, pour constater que la bourgeoisie, la minorité de gros richards, propriétaires de cahutes et de taudis, ne tient guère à donner à l’homme un habitat digne de lui, un habitat qui permette à l’homme d’être, chaque jour, un peu plus, un peu mieux digne de lui-même.

Et dans ce domaine, lorsque les théoriciens de l’obscurantisme se livrent à quelques précautions oratoires, exprimées non point en mots, mais en habitats, c’est toujours la même