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LE POÈTE LYRIQUE 269

convénients. Naturellement étranger à tout artifice com- pliqué, il marque ces fines divisions d'une main si légère que ni l'unité, ni la simplicité de l'ensemble n'en sont compromises. Quelque valeur que prennent certains dé- tails, l'intention générale ressort avec autant de force que de clarté : rien de subtil, ni de mesquin; point de petitesse d'aucune sorte; un art libre et sain, qui a souci de la grandeur, alors même qu'il s'attache aux choses déli- cates.

Les chants des chœurs furent pour Sophocle l'objet d'une étude très réfléchie. Il avait écrit un traité sur le chœur, et peut-être faut-il conclure du témoignage obs- cur de Suidas qu'il y opposait la manière nouvelle, la sienne par conséquent, à celle du siècle précédent, telle que l'avaient pratiquée Thespis et Chœrilos *. De nos jours, on a cherché à déterminer quelques-uns des procédés tech- niques de ses compositions chorales, en particulier à découvrir comment il distribuait les parties d'un chœur entre les divers groupes de choreutes. De ces recherches sont sorties un certain nombre de conjectures plus ou moins vraisemblables; elles n'ont établi aucun principe général qui puisse être relevé ici. Essayons, sans nous en préoccuper autrement, de faire ressortir les caractè- res dominants du lyrisme dans les chœurs de Sophocle.

Comme chez Eschyle, les chants du chœur chez So- phocle sont étroitement liés à l'action; mais en général, les vues personnelles du poète ne s'y montrent point. Ce qu'expriment les chœurs de Sophocle, ce sont leurs pro- pres impressions, toujours naïves et profondes, à pro- pos des événements qui s'accomplissent. S'ils énoncent des pensées générales sur la destinée humaine, sur la puis- sance des dieux, sur les grandes lois du monde moral,

1. Suidas, SoçoxXy^ç xa\ eypa^j/s... Xdyov xaTaXoYafiYiv 7rep\ toO ^opo^» Trpb; 0£(T7ttv xat XotptXov ày^vi^opLevoç. Texte d'ailleurs suspect, di- versement corrigé.

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