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274 CHAPITRE VI. — SOPHOCLE

ni (le la reflexion abstraite comme Eschyle, ni de la broderie descriptive comme Euripide . Alors même qu'il dépoint la nature, comme dans le chant bien connu relatif à Colone, il suit une idée qui Tempèche de s'égarer dans de vains détails. 11 ne décrit pas son pays pour le décrire , au gré do souvenirs plus ou moins capricieux ; il le décrit pour le louer, et, tout à son dessein, il rapporte ses traits principaux à une même conception, qui s'impose à nous par son unité poétique et vivante. Sophocle, dans la poésie lyrique comme ail- leurs, est toujours THellène par excellence, chez qui la raison apparaît dans tout ce que créent l'imagination et le sentiment.

Il y a pourtant dans ses tragédies tout un groupe de chants où la fantaisie se joue avec une liberté particu- lière. Ce sont les hyporchèmcs joyeux et dansants qu'il aime à insérer, pour produire un contraste émouvant, un peu avant la catastrophe, ou tout au moins avant les péripéties décisives du drame. Il s'agit alors d'exprimer un sentiment fugitif de joie, dû souvent à une illusion, et, pour traduire cette allégresse subite, sa poésie prend elle-même une légèreté d'essor qui appelait naturelle- ment la danse. Quand le chœur, dans Œdipe ;w, apprend qu'Œdipe n'est pas fils de Polybe, mais qu'il a été re- cueilli, enfant, dans une vallée du Cithéron, un pressen- timent trompeur lui fait croire qu'il est fils d'un dieu, et, plein d'une soudaine confiance, il célèbre le glorieux mystère :

« Si mon àme pressent, si mon esprit a son instinct, non, parPOlympe, ô Cithéron, nous ne négligerons pas, quand la lune va briller en son plein, de te célébrer au nom d'Œdipe, lieu de sa naissance, montagne nourricière et maternelle, et nous irons vers toi en dansant, parce que tu fus bienfaisante à nos maîtres. Phœbus, Phœbus, que nos chants soient agréés de toi !

» Laquelle, ô enfant, laquelle t'a mis au monde d'entre les

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