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SA LANGUE 578

commande. La langue ici dislingue et accuse les rôles, non par le choix des mots, mais par la forme et le son de la phrase ; elle est non seulement un élément de comi- que, mais aussi un moyen de notation morale; elle carac- térise le personnage *.

Quand ce personnage a le droit d'être éloquent, elle se prête à l'éloquence. Il y a chez Aristophane des argu- mentations excellentes, pleines de vivacité, de force, de bon sens, de passion même. Sa dialectique est agile et vigoureuse, familière, variée. Elle n'a rien d'apprêté dans ses tours de phrase, rien qui sente Técole. CV.st celle qui est de mise dans la conversation.

Un trait particulier qui dénote chez lui l'instinct de l'effet comique jusque dans la langue, c'est l'emploi qu'il fait des dialectes. Il aime à faire entendre sur la scène ces différents parlers de la Grèce et à en faire res- sortir les caractères propres. Il ne dédaigne pas même lé langage informe des barbares. Qu'on se rappelle le Mé- garien et le Béotien des Achamieiis, les femmes de La- cédémone et le chœur des Laconîens dans Lysistratey l'ar- cher scythe des Fêtes de Démêler. Il serait téméraire sans doute à des modernes de vouloir juger du mérite exact de ces contrefaçons plaisantes, mais certains passages au moins nous permettent peut-être d'afBrmer que ce ne sont pas simplement des jeux plus ou moins grossiers; nous y sentons encore une intelligence délicate des qua- lités naïves de tel ou tel dialecte. Le dernier chant des Laconiens dans Lysistrate a quelque chose de mâle dans sa rusticité, qui fait qu'on l'admire tandis qu'on en rit ^. J'imagine que la danse de ces héroïques lourdauds de- vait accentuer encore ce double caractère.

1. Il n*7 a donc aucun compte à tenir du singulier jugement porté par l'auteur de la Comparaison entre Aristophane et Ménandre sur le style d'Aristophane (Plutarque, Moralia, p. 1039, Didot). Nous nous contentons d'y renvoyer sans juger utile de le répéter.

2. Lysistrate, 1247.

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