Page:Cros - Le Collier de griffes, 1908.djvu/226

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regards tout-puissants planent sur elles, sont des paroles, des chansons et des accords éternels.

Je suis la plus belle des femmes, et ma plus grande joie est d’être vue, d’être aimée surtout de celui qui m’a prise, mais aussi de ceux qui sont au-dessous de lui.

Toutes les fourrures prises aux bêtes sauvages les plus rares, tout ce que les hommes fabriquent d’étoffes de lin fin, de soie, tout cela m’est apporté, je m’étends dessus et mon beau corps blanc frissonne en ces moelleuses richesses aux fines odeurs.

Aux hommes forts, à celui qui a vaincu tant d’autres hommes pour me posséder, les dures fatigues de la chasse et de la guerre ;

Moi, je me plais dans les jardins soignés, dans les petites salles parfumées, tendues d’étoffes belles et douces, semées de coussins.

Je suis belle et forte, mais je suis femme, et je me plais dans les soins qu’aiment aussi les hommes faibles et malades,

Les tièdes intérieurs, remplis de fleurs étincelantes,

Les palanquins pour voyager, ou bien encore les épaules des servantes pour m’appuyer lorsque je vais nonchalamment traîner les plis de ma robe dans les jardins soignés.