Page:Curchod - Réflexions sur le divorce, 1881.djvu/106

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sent et le remords du passé, c’est tout le cortège imposant et terrible de la dégradation, du mépris et de la mort.

Peut-on attendre des femmes à qui le divorce est permis ce goût de retraite si nécessaire à l’exercice de leurs devoirs de mères et d’épouses ? Dès que leur sort ne sera pas déterminé, elles paroîtront dans la société des espèces d’amphibies, ni filles, ni mères, ni épouses, elles seront partout et n’existeront nulle part ; leur imagination toujours en mouvement, leur amour-propre toujours sous les armes, les tiendront continuellement hors d’elles-mêmes, sans qu’elles cessent néanmoins d’être leur unique centre : ainsi le but de leur création sera manqué ; elles quitteront leur place dans la chaîne des êtres, et elles interrompront l’ordre de la nature, qu’elles n’auront pas voulu suivre. Telles sont, dans Milton, les plaintes de notre premier père contre sa téméraire et vaine compagne. « Créateur de l’Univers, tu n’as pas introduit dans le Ciel cette nouveauté funeste. » Et il parloit de cette Ève qui, pendant les jours de son innocence, avoit embelli le Paradis même, ou le lui avoit fait oublier.