Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/16

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il sentit sur lui les yeux de son maître et s’arrêta. Puis il recommença à s’avancer, tout son corps aplati sur le plancher. Il était à mi-chemin, lorsque les sons se firent plus doux et plus bas, comme s’ils allaient s’éteindre, et il entendit son maître qui disait vivement, à demi-voix :

— Continue, continue… Ne cesse pas !

La jeune femme tourna la tête. Elle vit Kazan à plat ventre contre le sol, et continua de jouer.

Le regard du maître était impuissant maintenant à retenir l’animal. Kazan ne s’arrêta plus avant que son museau n’eut touché aux volutes de la robe qui s’étalaient sur le plancher. Et un tremblement, derechef, le saisit. La femme avait commencé à chanter.

Kazan avait bien entendu déjà une jeune Peau-Rouge fredonner devant sa tente les airs de son pays. Il avait entendu aussi la sauvage Chanson du Caribou.[1]. Mais rien de ce qu’il avait ouï encore de la voix humaine ne pouvait se comparer au miel divin qui découlait des lèvres de la jeune femme.

Il se ratatina, en tâchant de se faire tout petit, de peur d’être battu, et leva les yeux vers elle. Elle le regarda, elle aussi, avec bienveillance, et il posa sa tête sur ses genoux. La main, une seconde fois, le caressa et il ferma béatement les yeux, avec un gros soupir.

Musique et chant s’étaient tus. Kazan entendit au-dessus de sa t8te un bruissement léger, où il y avait à la fois du rire et de l’émotion, tandis que le maître grommelait :

— J’ai toujours aimé ce vieux coquin… Mais, tout de même, je ne l’aurais jamais cru capable d’une semblable comédie !

  1. Le cariboo, ou caribou, est une sorte de renne qui vit dans le Northland américain.