Page:Curwood - Kazan, trad. Gruyer et Postif.djvu/97

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était bien mort. Alors il se traîna vers Louve Grise. Il la retrouva dans la tanière, près des corps de ses trois petits, que le lynx avait mis en pièces. Elle pleurnichait et se lamentait en face d’eux. Kazan, pour la consoler, se mit à lui lécher la tête et les épaules, qui saignaient. Durant tout le reste de la nuit, elle continua à gémir affreusement.

Ce fut seulement lorsque le jour fut venu qu’il fut loisible à Kazan de constater, en son entier, le terrible travail du lynx. Louve Grise était aveugle. Ses yeux étincelants étaient désormais fermés à la lumière, non pas pour un jour ou pour une nuit, mais pour toujours. D’obscures ténèbres, qu’aucun soleil ne pourrait plus percer, avaient mis leur linceul sur ses prunelles.

Et, par cet instinct naturel qui est dans la bête pour tout ce qu’elle ne saurait raisonner, Kazan comprit que sa compagne était, de ce moment, devenue plus impuissante dans la vie que les infortunées petites créatures qui, quelques heures auparavant, gambadait autour d’elle.

En vain, toute la journée, Jeanne l’appela. Lorsque sa voix arrivait au Sun Rock, Louve Grise, qui l’entendait, se pressait davantage, apeurée, contre Kazan. Kazan rabattait incontinent ses oreilles et plus affectueusement la léchait.

Vers la fin de l’après-midi, Kazan descendit du Sun Rock et, après avoir battu quelque temps la forêt, en rapporta à Louve Grise un lapin blanc. Elle passa son museau sur le poil de la bête, en flaira la chair, mais refusa de manger.

Désolé, Kazan songea que le voisinage des louveteaux morts causait son chagrin et, en la poussant, avec de petits aboiements engageants, il l’invita à descendre du tragique rocher. Louve Grise le suivit et, tout en glissant, en atteignit la base. Puis, sans