Page:Déguignet - Mémoires d un paysan bas breton.djvu/121

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Puis il me demande si je n’avais pas soif. Je fis une petite grimace qui voulait dire si : « Passons de l’autre côté », me dit-il. Il fit apporter un fiascho di vino vecchio et deux grands verres, et, quand nous eûmes bu notre premier verre, il me dit :

— Mais on dirait que vous êtes un Toscan, en vous entendant parler notre langue.

— Non, monsieur, j’en suis loin, je suis Breton.

— Et où avez-vous appris à parler si bien l’italien.

— Voici, monsieur, mon professeur que je tiens à peu près depuis trois semaines (en lui montrant ma petite grammaire que j’avais dans ma poche). Ce serait étonnant, si je parlais bien l’italien, que je ne parle que depuis quelques jours ; il y a cinq ans que je cherche à apprendre le français, et je ne le sais pas encore ; il est même probable que je ne le saurai jamais.

— Le français, je ne sais pas comment vous le parlez, mais, pour sûr, vous parlez fort bien l’italien.

— Compliments et éloges à part, puisque nous nous comprenons, je désirerais savoir comment et pourquoi nous sommes ici.

— Oh ! c’est bien simple, dit-il, si vous n’étiez pas ici en ce moment, les Autrichiens y seraient et ils auraient pillé, dévalisé et ravagé toute notre belle et riche province. Le grand-duc est parti d’ici avec ses Autrichiens dans l’intention d’y revenir avec une grande armée, de concert avec son confrère de Modène ; mais lorsqu’il a appris qu’une armée française allait débarquer à Livourne, il s’est tenu coi. Nous avons bien nos jeunes volontaires, commandés par le général Ulloa, qui gardent les principaux passages par où l’ennemi devait envahir le pays. Mais ces jeunes gens, quoique pleins d’élan patriotique et brûlant d’amour pour l’indépendance et la liberté, n’auraient jamais pu arrêter ces barbares et cruels Tudesques.

Il déploya une carte, puis continua :

— Je crois que vous resterez par ici jusqu’aux événements qui doivent se produire sur les bords du Tessin. Il s’est livré déjà deux petits engagements : un à Montebello, et l’autre à Palestro. En ce moment, les trois armées sont en présence sur