Page:Déguignet - Mémoires d un paysan bas breton.djvu/85

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les montagnes dont il est si souvent question dans les Évangiles doivent être toujours les mêmes.

— Oh ! oui, dit-il, justement je vais vous faire voir la plus intéressante de toutes, la montagne des Oliviers, qui est la première chose que les pèlerins demandent à voir.

En effet, nous arrivâmes, après avoir traversé le Cédron, sur cette fameuse montagne où Jésus et ses compagnons allaient passer la nuit, lui qui n’avait pas « une pierre où reposer sa tête ». Je croyais que j’allais voir là une forêt d’oliviers au milieu de rochers, de trous, de grottes et d’autres arbres et arbustes sauvages. Quelle désillusion ! Je vis un jardin avec des légumes et des fleurs, puis un énorme bâtiment qui était le couvent et l’hôtellerie des moines franciscains, où sont logés de nombreux pèlerins, moyennant finances bien entendu. Car, à Jérusalem, il n’y a rien pour rien : tout s’y vend, et très cher. On y vend des cailloux, des morceaux de bois et de vieux chiffons. Mais ce qui se vendait le plus couramment, en ce temps-là, c’était des mouchoirs avec des gravures représentant les diverses scènes de la Passion, le Saint-Sépulcre, la Sainte Face ou diverses vues de Jérusalem. Les malins négociants juifs, grecs, turcs, arméniens et autres, qui ne vivent là que par les pèlerins, savent bien inventer des articles nouveaux tous les ans.

Il y a bien dans ce jardin potager quelques vieux oliviers que l’on montre aux fidèles en leur affirmant que ce sont toujours les oliviers sous lesquels Jésus et ses compagnons se sont reposés. Il y a là aussi une espèce de grotte, de laquelle il n’est question dans aucun évangile et qu’on montre cependant aux pèlerins comme étant l’endroit où Jésus alla, le soir de son arrestation, prier à part et où, selon l’évangile de Luc, il tomba en agonie et « où il lui vint une sueur comme des grumeaux de sang qui coulait jusqu’à terre ». Je vis là, en effet, des taches rouges ; mais, ayant déjà perdu une partie de mes croyances, et ayant été prévenu par mon jeune caporal de Crimée et par l’Arménien lui-même de toutes sortes de mystifications dont étaient dupes les pèlerins, je ne vis dans ces taches rouges que du vermillon versé là, il n’y avait pas longtemps.

Un des moines propriétaires de ce jardin avait l’air de