Page:Déguignet - Mémoires d un paysan bas breton.djvu/93

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point d’images taillées, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut dans les cieux, ni ici-bas sur la terre, ni dans les eaux, ni sous terre. » J’aurais voulu voir, cependant, le fameux rocher à travers lequel Mahomet passa, dit-on, avec sa jument blanche. Nous traversâmes le mont Sion, où se trouve encore un grand couvent. Ensuite, nous allâmes du côté de ce fameux vallon de Josaphat, où nous devons venir tous un jour.

Mon camarade en avait vu assez de Jérusalem et, ma foi, moi aussi. Nous allâmes encore boire un litre de vin dans un hôtel, en attendant le souper. Nous causâmes beaucoup le soir, avec l’Arménien et ses fils, de ce que nous avions vu à Jérusalem, et même de ce que nous n’avions pas vu. Le lendemain, nous devions partir de bonne heure pour retourner d’une seule traite jusqu’à Jaffa. L’Arménien, qui nous avait sous sa responsabilité, devait venir lui-même nous conduire jusqu’au bateau à vapeur. Cette deuxième nuit fut pour moi plus calme que la première.

Le lendemain matin, nous étions debout avant le jour : après avoir pris un copieux déjeuner et avoir rempli nos poches de souvenirs de Jérusalem, nous remontâmes dans la curieuse carriole pouvant s’atteler des deux bouts. Au soleil levant, nous étions déjà loin de Jérusalem que j’avais quittée sans regrets.

J’ai vu bien des villes célèbres depuis ; mais d’aucune je n’ai gardé d’aussi tristes souvenirs : celui qui voudrait se faire chrétien ou rester dans cette religion, il ne faut pas qu’il aille à Jérusalem avec les yeux et les oreilles ouverts. Nous arrivâmes à Jaffa juste à temps pour prendre le bateau, et, trois jours après, nous nous retrouvions, en soldats, chez notre commandant, presque un jour avant l’expiration de notre permission. Mon camarade s’était chargé de lui transmettre les compliments de l’Arménien et de lui faire le récit du voyage, en affirmant, bien entendu, qu’il avait tout trouvé très chic à Jérusalem. À Constantinople, on nous apprit qu’il était né un petit prince en France et que nous avions un quart de vin à boire à sa santé.

Nous n’avions plus rien à faire maintenant. Mon camarade et moi, nous allions nous promener quelquefois très loin dans