Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 1.djvu/215

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pendant leur séjour. Lors du passage de l’ambassadeur à Pien-men[1], à l’aller et au retour, il y a une foire qui dure plusieurs jours. Le mandarin de Ei-tsiou, dernière ville coréenne sur la frontière chinoise, a seul le droit d’avoir des rapports par lettres avec les autorités de Pien-men, à toutes les époques de l’année. Tous les deux ans, une autre foire se tient à l’extrémité nord de la province de Ham-kieng. entre Houng-tchoung, village tartare de cette partie de la Mandchourie qui a été dernièrement cédée aux Russes, et Kieng-ouen, ville coréenne la plus voisine. Cette foire est considérable, mais elle ne dure que deux ou trois jours, et quelques heures seulement chaque jour, depuis midi jusqu’au coucher du soleil. Au signal donné, chacun se hâte de repasser la frontière, et les soldats poussent les traînards avec leurs lances. Nous avons mentionné plus haut les marchés mensuels, entre les Coréens et les quelques soldats japonais établis à Fusan-kaï. Là se bornent les rapports que la Corée a, par terre, avec les autres nations.

Par mer, elle en a moins encore. On permet aux navires chinois ou japonais de venir pêcher le haï-san (holothuria) sur le rivage du Pieng-an, et le hareng sur les côtes du Hoang-haï, mais à deux conditions : ne jamais mettre pied à terre, et ne jamais s’aboucher, en pleine mer, avec les gens du pays, sous peine de confiscation du navire et d’emprisonnement de l’équipage. La première condition est généralement observée, mais il se fait, entre les barques coréennes et les jonques chinoises, à l’abri des innombrables rochers ou îlots de l’archipel coréen, un commerce de contrebande assez considérable. Les mandarins, moyennant quelques profits secrets, ferment les yeux. Si la tempête jette un navire chinois sur la côte coréenne ou un navire coréen sur la côte chinoise, les naufragés sont recueillis, entretenus par le gouvernement, gardés avec soin pour empêcher aucun rapport entre eux et les habitants, et reconduits par terre jusqu’à la première ville de leur pays. Le retour par mer leur est interdit. Entre le Japon et la Corée, le rapatriement se fait par mer, mais avec des précautions analogues.

Donnons ici quelques détails sur les difficultés que les missionnaires ont eu à surmonter pour pénétrer en Corée ; on aura, par là même, une idée de la sévérité minutieuse avec laquelle le

  1. Pien-men, dont il est très-souvent question dans cette histoire, est la dernière ville chinoise du côté de la Corée, près de la mer Jaune. Son nom signifie : porte de la frontière.