Page:Dallet - Histoire de l'Église de Corée, volume 1.djvu/266

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funèbre avec les hommes du village seulement. Est-ce de là que ce bruit s’est répandu ? Vraiment j’en ignore la cause. — Parmi vous, il y a certainement des maîtres avec lesquels on discute et que l’on interroge, qui sont-ils ? — Dans la religion, comme je l’ai déjà dit, il n’y a ni maître, ni disciple, comme on l’entend ici ; à plus forte raison dans ce royaume, où personne n’a pu faire autre chose que lire quelques livres, quel est celui qui oserait se vanter d’avoir le mieux approfondi la doctrine et voudrait se donner pour maître ? — Quel être étonnant es-tu donc pour savoir sans avoir appris ? — Comme je connais quelques caractères, il me suffit d’avoir ouvert un livre et de l’avoir lu. — Es-tu licencié tsin-sa ? — Je le suis. — En quelle année l’es-tu devenu ? — Au printemps de l’année 1783. — Ensuite, après m’avoir interrogé sur ma parenté avec diverses personnes ; il me dit : — On prétend que dans votre religion, vous vous réjouissez des souffrances et des supplices, et vous aimez à mourir sous le glaive ; est-ce croyable ? — Désirer de vivre, et craindre la mort, est un sentiment commun à tous ; comment pourrions-nous être comme vous le dites ?

« Nous fûmes renvoyés, et quand nous arrivâmes à la prison, il faisait déjà nuit.

« Le 1er de la onzième lune, au point du jour, notre propre mandarin nous appela, nous fit asseoir dans une espèce de vestibule, et commanda à un prétorien de nous faire réciter les dix commandements et les sept vertus capitales. Nous les récitâmes ; il prit nos paroles par écrit et les envoya au gouverneur. Peu de temps après, ce mandarin nous fit rappeler et, après quelques exhortations, il nous dit ; — Ce que vous avez déclaré hier n’est pas la vérité et ne suffit pas pour porter un jugement. Et puis, cette religion, malgré ses dix commandements, ne renferme pas les rapports de roi à sujet. C’est ce que l’on appelle une doctrine sans roi, ou qui méconnaît le roi. — Il n’en est pas ainsi, lui répondis-je, le roi est le père de tout le royaume, et le mandarin, le père de son district ; on doit donc leur rendre les devoirs de la piété ; or, tout cela est compris dans le quatrième commandement. — S’il en est ainsi, il faut mettre des notes dans ce sens au quatrième commandement, et le présenter annoté. La religion des Européens n’est à nos yeux qu’une superstition. Mais, vous autres, si vous la suivez parce que vous la croyez vraie, et parce que vous savez qu’elle n’est pas semblable à celle de Fo qui méconnaît les parents et le roi, quelle raison avez-vous de ne pas ériger les tablettes, et de ne pas faire les sacrifices aux parents ? Quand même vous n’of-