Page:Dante - La Divine Comédie, traduction Lamennais volume 2, Didier, 1863.djvu/88

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LE PURGATOIRE.

24. « A cause duquel il faut que je porte ce poids, jusqu’à ce qu’ici parmi les morts, puisque je ne le fis point parmi les vivants, j’aie satisfait à Dieu. »

25. Pour écouter je baissai la tête ; et l’un d’eux, non celui qui parlait, se tordit sous le poids qui le pressait ;

26. Et il me vit, et me reconnut, et m’appelait, tenant avec fatigue les yeux fixés sur moi, en se traînant avec les autres tout courbe.

27. — Oh ! lui dis-je, n’es-tu pas Oderisi [9], l’honneur d’Agobbio, et l’honneur de cet art qu’enluminure on appelle à Paris ?

28. « Frère, dit-il, plus sourient les cartons que peint Franco de Bologne : maintenant l’honneur est tout sien, et mien seulement en partie.

29. « Point n’eus-je été aussi courtois, tandis que je vécus par le grand désir d’excellence où aspirait mon cœur.

30. « D’une telle superbe se paye ici la dette, et ici même ne serais-je point, n’était que, pouvant encore pécher [10], je me tournai vers Dieu.

31. « O vaine gloire du génie humain combien peu de temps verdit la cime, si ne surviennent des âges grossiers [11] !

32. « Cimabuë crut, dans la peinture, être maître du champ ; et aujourd'hui Giotto a pour lui le cri public, en sorte que la renommée de celui-là est obscurcie.